Kédougou est la région du Sénégal qui est la plus touchée par la mortalité maternelle, il y a près de 700 morts pour 100 000 naissances vivantes, soit deux fois la moyenne nationale.

Des femmes en attente d’une consultation, Kédougou, Sénégal

Depuis 2010, WAHA International, les autorités de santé locales et des groupes de la société civile, travailelnt ensemble pour réduire le taux de mortalité maternelle. Dr Ibrahima Konaté, coordinateur de WAHA au Sénégal, explique le projet :

En quoi consiste le programme de maternité sans risques à Kédougou ?

Le projet de maternité sans risques vise à lutter contre la mortalité maternelle et infantile dans cette région, en agissant sur les trois retards d’accès aux soins. Pour répondre au premier retard, qui réside dans la décision des femmes de se rendre dans un centre de soins en cas de complications liées à la grossesse, nous nous appuyons principalement sur la présence des Badien Gokhs. Ce sont des marraines désignées par la communauté, qui font la promotion de la santé maternelle et infantile et de l’alphabétisation auprès des familles. C’est une initiative qui a été instaurée par le Président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, WAHA ne fait que renforcer leurs actions. Nous avons par exemple doté 120 femmes de téléphones mobiles, pour qu’elles puissent entre autres contacter les centres de santé les plus proches en cas d’urgences obstétriques.

New medical transfer trikes to be deployed in 2011Pour réduire le temps d’accès aux centres de santé, qui est le deuxième retard, nous avons mis en place une moto-ambulance expérimentale à Bandafassi, un village situé à une dizaine de kilomètres de Kédougou. Son utilisation efficace et sa bonne appropriation par la communauté nous encouragent à déployer 30 motos-ambulances dans toute la région de Kédougou d’ici fin Octobre.

Quant à la prise en charge des soins, nous avons recruté plus de sages-femmes, aujourd’hui elles sont cinq et il y a un chirurgien capable de faire des césariennes et de traiter les fistules mais aussi de prendre en charge toutes les urgences chirurgicales, ce qui évite les évacuations vers Tambacounda, située à environ 280 kms de Kédougou.

Kédougou WAHA InternationalQuelle perception la population de Kédougou a-t-elle de ce projet ?

Elle voit d’un très bon œil tout ce que nousfaisons. On peut voir cela rien qu’au nombre de consultations prénatales depuis la mise en place du projet. Il y a une augmentation notoire du nombre de consultations, déjà parce que des sages-femmes sont présentes et grâce au travail de sensibilisation de la communauté par les  Badien Gokhs.

Quelles sont les perspectives du projet ?

Nos principaux objectifs à venir seront de renforcer ce qui existe déjà, améliorer les structures d’accueil des patientes et étendre le projet dans les régions de Tambacounda, de Sedhiou et Kolda, en Casamance. Il s’agira en fait de reproduire le même modèle qu’à Kédougou, c’est à dire déployer des motos-ambulances et  recruter du personnel de santé. Mais surtout, au-delà de tout aspect purement médical, il faudra renforcer les actions de sensibilisation des femmes pour qu’elles revendiquent leurs droits à la santé. C’est le seul moyen pour que les choses avancent concrètement et durablement.

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